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LA TRANCE, UNE MUSIQUE SPIRITUELLE MODERNE

ANTHROPOLOGIE – EXTRAIT D’UN MEMOIRE

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INTRODUCTION

La Trance est une manifestation musicale et sociale qui existe et qui a sa communauté ses normes et ses valeurs. Elle occupe une place réelle dans le monde d’aujourd’hui même si elle est très dissimulée et ‘secrete’.

Dans le monde occidental, le jugement envers le mouvement social électronique, ses normes, croyances et ses pratiques est majoritairement péjoratif.

Pour comprendre le mouvement Trance, il faut faire abstraction de l’influence du jugement et de la morale judéo-chrétienne qui considère ces rassemblements comme décadents, malsains, diaboliques, définissant un univers clos pour ‘la caste des drogués’.

Il faut considérer que toutes ces critiques ethnocentriques apportent un intérêt : c’est une première mise à distance. L’analyse critique, le jugement de valeur envers ce mouvement est riche, c’est comme une œuvre d’art qui dérange, qui choque, mais ce choc est le signe d’une dynamique structurelle qui peut être analysé objectivement.

Bien sûr, le mouvement électronique trance connaît pourtant ses déviances : argent, drogues, renfermement, mafia, mais ces déviances n’empêchent pas que depuis peu de temps cette nouvelle musique universelle, apatride, attire et draine un grand nombre de nouveaux ‘travellers psychédéliques’ vers de grandes manifestations musicales. Véritable mode de vie, de pensée et de croyance, ce mouvement ne se définit pas par une appartenance ethnique ou linguistique, mais par le lien sentimental et mystique que va procurer la musique psychédélique et son espace de diffusion, pendant plusieurs jours.

Ce qui nous intéresse principalement au cours de cette argumentation, c’est de définir dans quelle mesure le mouvement psychédélique a un impact sur ses membres ; impact relevant du domaine du spirituel, du sacré, en tout cas d’une symbolique mystique que ressentent les « pratiquants » de ce mouvement ou les gens extérieurs, qui perçoivent cette esthétique mystique comme ‘quelque chose’ de trouble, mystérieux, faisant peur parfois.

Pour mener cette étude, j’ai rencontré de nombreux pratiquants de festivals, écouté leurs expériences qu’elles soient celles d’acteurs ou de spectateurs. J’ai exploré le contre-monde de Goa sur Internet (échange/forum/articles). J’ai aussi pratiqué un énorme ‘brainstorming’ de ma mémoire en posant sur le papier beaucoup de questions qui m’ont permis d’avoir un regard plus objectif sur les expériences empiriques que j’ai pu moi-même vivre au cours de ces festivals.

La mise en perspective de ce sujet a été difficile, il y a peu de sources, c’est un terrain peu exploré. Ma propre expérience de jeune créateur musical m’a aidé à me rendre compte à quel point des comportements qui me semblaient normaux, étaient relatifs à toute une structure organisée.

Pour pouvoir focaliser mon enquête sur ce qui touche au sacré dans ce mouvement musical j’ai retenu plusieurs thèmes :

-En premier lieu, il faut définir quel type de mouvement social caractérise un festival.

-La dimension mystique du choix spatio-temporel est un autre axe d’étude que nous verrons.

-Nous essayerons d’apprécier comment un festival s’apparente à un rituel.

-Puis il sera question du rôle des psychotropes.

-Nous observerons quel état psychologique produit la transe sur ses adeptes.

-Enfin, nous conclurons sur la relation entre le son et le spirituel.

Tous ces points retenus, permettent de mettre le mouvement Goa dans une perspective d’étude d’anthropologie religieuse.

Un mouvement alter-national, apatride

Le mouvement Goa est un mouvement qui, malgré son origine électronique-occidentale n’a pas de valeur proprement relative à une culture, une identité ethnique ou linguistique. Tout le monde peut faire de la Trance, tout le monde peut aller à un festival ; ces derniers ont lieu partout, en tout cas il n’y a pas de point de chute polarisé sur une culture ou une ethnie.

Ce qu’il faut mettre en valeur, c’est le fait que tout ce qui va construire le modèle d’appartenance au mouvement Trance, n’appartient pas au registre ‘traditionnel’ de représentation identitaire.

La communauté Goa se définit par un ensemble de représentations et de normes qui échappent à la logique générale de l’idée structurelle que l’anthropologue peut avoir à propos d’un groupe donné.

En premier lieu il faut remarquer que c’est une communauté occasionnelle, ce n’est pas une communauté permanente, comme le furent les hippies dans les 70’s.

Les ‘pratiquants’ des grands festivals psychédéliques se retrouvent donc à un moment précis, pour une durée déterminée.

Il faut remarquer un côté ‘universel’ ou d’appropriation universelle. Le mouvement Trance s’inspire de plusieurs cultures : des images, des représentations, des sons, qui vont être réappropriés pour s’insérer de manière homogène dans le décor et la musique.

C’est un genre de contre-monde où réutiliser des symboles pour les réinsérer dans un autre support, crée une fusion musicale et audiovisuelle, et conduit dans une nouvelle émotion.

L’utilisation de ces attributs culturels est là pour embellir, donner une immanence humaine à la musique électronique.

Le fait que la Trance Goa soit une musique électronique lui donne des possibilités musicales et sonores très élargie. Avec la technologie d’ingénierie du son (boîte à rythme, table de mixage, programme de composition sonore, vue ‘scientifique’ du son) la Trance, malgré les limites de son style, est un genre musical extrêmement évolutif. Il est facile d’explorer des nouvelles configurations sonores sans être limité par l’instrument, mais par le résultat qui va en sortir.

Mystique : un choix spatio-temporel.

Tout d’abord, il faut souligner un aspect relevant de la pratique sacré ou à symbolique sacrée : le choix du site – dans le temps et dans l’espace – où va avoir lieu le festival.

Signalons le fait que ce mémoire est focalisé sur les festivals, principal média interactionnel dans le mouvement et donc nous ferrons abstraction des mouvements urbains ou privés.

Le site d’origine révèle déjà la focalisation vers un attribut mystique, en tout cas du mystère, des éléments profonds. Le choix du site, au fur et à mesure de l’essor du mouvement, s’est focalisé à des endroits précis évoquant différentes atmosphères.

Précisons, le site se trouve généralement dans une nature sauvage où un élément naturel va provoquer une transcendance : cela peut être une colline, un canyon, un ensemble rocheux, une steppe, le désert, en tout cas la Nature.

C’est dans ce décor d’origine que va être mis en place un espace de vie de la communauté.

Il y a un choix conditionné du site géographique et temporel où va se dérouler un festival. Il faut s’interroger sur l’imprégnation relevant du mystère, de la transcendance dans ce choix spatio-temporel où le ‘poseur de son’ essayera de trouver un ‘espace apte à accueillir l’événement.’

Sur le site en lui même, toute un organisation spatiale se crée et va délimiter un ou plusieurs espaces. Le plus souvent, il y a autour de la scène, où se produit le compositeur ou le DJ, tout un décor très recherché, où les gens vont évoluer, rentrer en transe, danser ou ‘tripper’.

Nous avons donc une unité spatiale où les ‘pratiquants’ vont se retrouver dans une atmosphère esthétique où décor, musique, images fixes et vidéos se fondent dans la masse de personnes regroupées, encadrées autour de cette configuration.

Les Festivals : un rituel ou une fête ?

Il est assez difficile de dire qu’un festival de Trance Goa s’apparente à un rituel, dans une perspective ethnocentrique occidentale.

Pourtant, il est intéressant de voir que beaucoup de caractéristiques relèvent de la pratique sacrée. Comme nous l’avons vu dans la configuration spatio-temporelle d’un festival, l’organisateur va essayer de trouver un espace ‘digne d’accueillir le son’, un espace organisé avec un lieu réserver à la danse et à la communion autour de la musique. Il y a donc tout un groupe qui se retrouve régulièrement dans un endroit choisi pour ses caractéristiques précises, et qui va changer de comportement pendant tout le temps du festival. Ce changement est défini par le fait que les ‘pratiquants’ vont changer de statut émotionnel intérieur, parce qu’ils vont se mettre en transe avec l’aide de la musique, parce qu’ils vont se ‘percher’ (et le terme n’est pas si anodin) avec des psychotropes hallucinogènes qui vont leur donner, grâce au cocktail esthétique musique/images/décor, une expérience mystique. Mais le plus important à noter, c’est le fait que les ‘pratiquants’ agissent dans une unité spatio-temporelle commune et partagée.

C’est cela qui s’apparente au rite ; il y a des officiants qui entretiennent un lien privilégié avec le mystique et qui vont être le média d’émission du sentiment mystique ; et il y a ‘pratiquants’ ou des ‘croyants’ qui sont en communion autour de la célébration mystique. C’est donc un rôle ‘d’officiants’ que tiennent les créateurs de Trance : ils sont la source même de l’inspiration, ils sont les maîtres du langage qu’ils créent et qu’ils font partager car ils sont les seuls à en connaître la grammaire. C’est avec leur connaissance structurelle qu’ils viennent traduire l’émotion mystique à symbolique sacrée à travers la construction musicale pré-établie.

Nous pouvons considérer que tout les autres ‘artistes psychédéliques’ présents à un festival : peintres, créateurs du décor, cracheurs de feu ou architectes des structures (tentes, effigies ou projectionniste de l’écran) tiennent aussi ce rôle, mais certes dans une moindre mesure.

Tout ce monde fait vivre ce sentiment mystique et le donne aux ‘pratiquants’. Les ‘pratiquants’ n’ont pas accès à un DJ en plein mix, ce serait comme une hérésie, comme si quelqu’un profanait un site sacré. Le site de création de la musique, et son créateur, est donc sacralisé (pendant son office), non pas pour des raisons de sécurité ou de technique, mais vraiment parce qu’il casserait l’essence, l’atmosphère créée et partagée par tout le groupe présent.

Les ‘pratiquants’ vont se mettre en osmose avec le son, à travers la danse, qui va les transporter (Transe-porter) dans une émotion puissante, un absolu où tout le cocktail esthétique va nourrir ce sentiment de célébration mystique, déjà par la quiétude naturelle qui y règne mais aussi par toutes les représentations mystiques du décor remplissant la symbolique voulue.

Ces ‘pratiquants’ ressentent cet état second, comme un sentiment profond partagé, un moment spécifique où l’on cherche la même vibration, unité dans la communion.

Nous pouvons donc dire que les festivals de Trance s’apparentent à des rituels modernes, où il y a un changement de statut émotionnel collectif et où l’espace et le temps sont délimités, où les codes symboliques et le ‘langage’ utilisé sont tournés dans une perspective commune.

La prise de psychotropes hallucinogènes.

La consommation de drogue est affaire courante au cours d’un festival de Trance. La plus fameuse étant le LSD, vantée comme étant la plus psychédélique par les ‘pratiquants’ de festivals. On y trouve aussi des champignons hallucinogènes, des amphétamines, des opiacés, de la cocaïne, de la mescaline, de la Kétamine, etc.

Nous allons faire la distinction entre les drogues addictives, utilisées le plus souvent parce que ‘on ne peut pas arrêter’, et les drogues psychédéliques qui ont une place tout à fait ancrée et ‘utile’ dans la quête mystique des pratiquants.

Le LSD et les hallucinogènes puissants ont un rôle particulièrement précis. Quand il y a prise de drogue, cela produit un changement d’état psychologique et émotionnel. Les hallucinogènes ont le pouvoir de démultiplier la sensitivité, de faire apparaître des choses que l’on ne voyait pas auparavant. L’hyperémotivité résultant de la prise de drogue est alors un autre moyen, dans le cadre d’un festival, d’atteindre un absolu psychologique et émotionnel. La prise de psychotropes au cours d’un festival Goa s’apparente, à titre de comparaison, à un rituel d’expérience spirituelle similaire à la prise d’Ayahuasca chez certaines tribus en Amazonie ou à la consommation de Cactus dans les quêtes mystiques des anciennes civilisations d’Amérique centrale. De plus, cette recherche spirituelle est collective, le pratiquant va chercher à atteindre un absolu intérieur mais collectivement.

Personne n’est obligé de prendre un psychotrope lors d’une fête trance, c’est plutôt le cadre qui est adéquat à sa consommation.

Prendre une drogue hautement psychoactive c’est comme monter un volcan actif : c’est une prise de risque, mais c’est aussi une liberté. Il faut être responsable & précautionné.

L’effet de la drogue se définit par l’hyperéalité, mais pour pouvoir rester sur un chemin stable, mieux vaut savoir ne pas oublier qu’exposer son ego à un épanouissement nécessite de bien rester en équilibre entre le passé, & l’avenir : sinon on avance pas on est bloqué sur un chemin, enfermé dans le présent.

La Transe, un état psychologique spirituel.

Au cours d’un festival, la majorité des ‘pratiquants’ vont danser pour atteindre un état second, un état puissant, transcendant, la transe.
La transe est un état profond, tout d’abord, nous allons distinguer deux types de transe, la transe positive et la transe négative. La transe négative est un état subi, c’est par exemple, quelqu’un atteint par une folie qui va finir par prendre le contrôle de l’esprit, ou quelqu’un d’ultra hystérique, qui ne contrôle plus ces pulsions, alors ce sont elles qui vont le contrôler.

La transe négative est donc une prise de contrôle non voulue, créée par un conditionnement qui va provoquer un état second, subi par la personne, qui ne se contrôle plus. Les seuls cas de transe négative au cours d’un festival peuvent être une mauvaise réaction à la suite de la prise d’un psychotrope, c’est le ‘bad trip’, le mauvais voyage, où l’on subit l’effet psycho actif et où on ne le contrôle plus.

La transe positive est elle aussi un état second mais qui a été voulu, désiré. La transe positive a une origine volontaire, c’est de celle ci dont je vais parler, c’est celle qui caractérise l’état de plénitude d’un ‘pratiquant’ de festival de Trance.

Tout d’abord, cette transe apparaît au cours de ces festivals avec la danse, au milieu du décor, et dans un site qui appelle à la transcendance. Il y a toute une mise en place dans le temps et dans l’espace, délimité avec un site central, où les ‘pratiquants’ se mettent en transe, en tout cas où il est normal de se mettre en transe. Il serait ‘anormal’ de commencer à danser pour se mettre en transe hors de l’espace dédié à cet effet : une personne en transe autour des sanitaires ou des camionnettes-snack serait remarquée, et les autres personnes (présentes au festival) considéreraient qu’il n’est pas ‘à la bonne place’,sans pour autant la définir comme ‘au mauvais endroit’, dans l’espace quasi-rituel dédié à la danse, où l’état de transe n’est pas considéré comme ‘bizarre’.

L’état de transe lors d’un festival Goa est à la base une activité volontaire, qui nécessite toute une mise en place dans l’espace, pour créer l’automatisme psychologique.

Cet automatisme est exactement le même que celui que l’on retrouve dans d’autres états de transe positive dans d’autres cultures, ou dans d’autres rites où la transe est présente : cela peut être une expérience spirituelle à travers la danse dans un rituel chamaniste, cela peut être une cérémonie agricole en Afrique où l’on va chercher la transe en dansant sur les rythmes des percussions. Dans tout les cas, la transe qui se produit lors des festivals de Trance, induit la structure spatio-temporelle qui va justifier le passage à cet état second.

L’automatisme psychologique est une démarche intérieure très proche du spirituel. C’est un état d’absolu énergétique, de plénitude, ce n’est pas à ce moment ‘qu’on y croit’, c’est là que ‘l’on croit’, au sens profond, le danseur est possédé par une force qui le transcende.

C’est une perspective psychologique et émotionnelle qui est une expérience spirituelle pour celui qui tout d’abord l’a voulue, puis la vit. Durant cet état où le ‘pratiquant’ touche à quelque chose d’absolu, il est juste de noter la confusion entre l’individu et le sentiment de transcendance. Parfois, dans le cas où il y a eu consommation de psychotropes (type LSD), la confusion peut être si grande, que la personne perd toute notion d’identité et atteint une perte de l’ego, perte qui va dans certains cas transformer la transe positive en transe négative (on subit la transe sans pouvoir en sortir volontairement).

La prise de drogues hallucinogènes peut aider à atteindre cet état puissant, mais parfois peut le détériorer et transformer l’expérience spirituelle en un cauchemar paranoïde.

Cette expérience mystique est certes un processus intérieur mais le fait que plusieurs centaines de personnes s’y activent dans le même cadre, démultiplie la légitimité intérieure de se sentir ‘plein’.
L’état de transe des participants aux festivals est central. Il est sûrement incontestable que ces festivals sont faits pour que les gens puissent partager cet état de transe, pour qu’ils puissent se reconnaître dans leur quête mystique et pour qu’ils puissent avoir un cadre légitimant leur spiritualité.

Conclusion : Le son en temps que vibration spirituelle.

Le sentiment profond, spirituel, qui est la quête du ‘pratiquant’ de festivals Trance, est lié à l’origine d’un son.

Le mot ‘son’ (the sound) est le surnom de la Trance chez ses adeptes, ce n’est pas quelque chose d’abstrait, c’est une vibration concrète. D’ailleurs, le ‘pratiquant’ vous dira « je vais dans le son ». C’est ce son, considéré comme sacré, qui provoque une véritable spiritualité des participants à un festival de Trance Goa, à travers l’état de transe et la collectivité harmonisée.

A la différence d’une religion, la manifestation Trance n’est pas une institutionnalisation de la foi, c’est plutôt un lieu où l’on va chercher à sentir puissamment la foi profonde et à la libérer. C’est un lieu de quête mystique pour la plupart des ‘pratiquants’, c’est l’endroit où l’on va vivre sa spiritualité intensément en communion avec un collectif en transe dans une dynamique essentiellement spirituelle.

De tout temps les hommes ont été en quête de spiritualité, le mouvement Trance vient répondre à cette attente dans le monde contemporain.

Rédaction : Antonin / Shaman Gaya-Université de Nanterre Paris X Janvier 2007.

Acidose label©2018.

Trance-goa-Forum©2012.

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